Mabs

D'après des faits rêvés

Autrice française, ostéopathe, improvisatrice de théâtre depuis vingt-cinq ans. J'écris ce que je rêve — littéralement.

French author, osteopath, theatre improviser for twenty-five years. I write what I dream — literally.

Hiver Volcanique

Volcanic Winter

Tome 1 — Annabelle

Volume 1 — Annabelle

Un hiver volcanique a recouvert la Terre de cendres. Sous la montagne, l'Alpage Bleu tente d'inventer un futur. Annabelle Corbet a passé sa vie à se préparer au pire. Quand le cataclysme survient, elle se retrouve parmi les trois mille survivants d'un bunker expérimental, dirigé par des militaires et une intelligence artificielle. Année après année, elle voit la foi des habitants changer d'objet — d'abord l'obéissance absolue à l'Autorité, puis la religion fanatique, avant que ses enfants ne choisissent de croire en autre chose : l'avenir, dehors.

A volcanic winter has buried the Earth in ashes. Beneath the mountain, the Alpage Bleu tries to invent a future. Annabelle Corbet has spent her life preparing for the worst. When the cataclysm strikes, she finds herself among three thousand survivors locked in an experimental bunker, run by the military and an artificial intelligence. Year after year, she watches the faith of its inhabitants shift — first blind obedience to Authority, then fanatical religion, until her children choose to believe in something else: the future, outside.

La Trilogie

The Trilogy

Une trilogie d'anticipation politique où, à chaque étape, l'humain perd une illusion fondamentale.

A political speculative trilogy where, at each stage, humanity loses a fundamental illusion.

Tome 1 — Annabelle La foi en l'Autorité
Tome 2 — Emilia L'Alliance des survivants
Tome 3 — Yanna Le Dôme Rouge
Volume 1 — Annabelle Faith in Authority
Volume 2 — Emilia The Survivors' Alliance
Volume 3 — Yanna The Red Dome

La rédemption ne viendra ni de l'Autorité, ni de la technologie, ni de la pureté génétique — mais de la coopération avec ce qui n'est pas nous. Nous sommes tous l'autre de quelqu'un.

Redemption will come neither from Authority, nor technology, nor genetic purity — but from cooperation with what is not us. We are all someone else's other.

Gris, anthracite, ardoise, charbon, mine de crayon... Je m'amuse à trouver des mots pour décrire ce que je vois. Les cendres, c'est comme marcher dans le Sahara : chaque pas équivaut à trois pas et les enfants sont tellement jeunes.
Grey, anthracite, slate, charcoal, pencil lead... I amuse myself finding words to describe what I see. The ashes are like walking in the Sahara: each step equals three, and the children are so young.

L'Autrice

About

MABS — Marie Anne Besche Schwab — est autrice française et ostéopathe spécialisée en pédiatrie et troubles du neurodéveloppement. Elle place au cœur de son travail la richesse de la différence et les liens humains qui nous portent lorsque le monde s'effondre. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle invente des histoires à travers l'improvisation théâtrale, explorant la manière dont l'imaginaire façonne nos résistances. Hiver Volcanique est son premier roman, ouverture d'une trilogie d'anticipation politique portée par la résilience de l'humanité face au pouvoir et à la peur.

MABS — Marie Anne Besche Schwab — is a French author and osteopath specialising in paediatrics and neurodevelopmental disorders. At the heart of her work lies the richness of difference and the human bonds that carry us when the world collapses. For over twenty-five years, she has been inventing stories through theatre improvisation, exploring how imagination shapes our resilience. Volcanic Winter is her first novel, opening a trilogy of political speculative fiction driven by humanity's resilience in the face of power and fear.

Dans la lignée de Le Guin, Atwood et Alderman — une SF humaine, politique et littéraire.

In the lineage of Le Guin, Atwood and Alderman — a human, political and literary SF.

D'après des faits rêvés : ce n'est pas une formule, c'est une méthode.
Based on dreamed facts: not a tagline, but a method.

Blog

1 avril 2026
April 1, 2026
Du rêve au roman — le fil invisible qui relie la nuit à la page
From dream to novel — the invisible thread between night and page
Comment passer du rêve au roman — le fil invisible qui relie la nuit à la page.
How to go from dream to novel — the invisible thread between night and page.
Écriture
Writing
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Les rêves jalonnent mes nuits depuis longtemps. J'ai la chance d'avoir un sommeil paradoxal très prolifique, et mon cerveau m'offre des films et des séries toutes les nuits. Cela fait des années que mes nuits me préparent au pire : cataclysmes, guerres, épidémies, stratégies de survie — autant de scénarios pour calmer mes angoisses et nourrir ma grande compétence en matière d'anticipation négative.

Alors tout a commencé par un rêve : des éruptions volcaniques en cascade, deux bunkers militaires proches l'un de l'autre, une femme quarantenaire sans enfants et cinquante longues années enfermées sous terre. Tout ça en une seule nuit.

J'ai tellement aimé ce rêve que j'ai souhaité le continuer. Tous les soirs, pour m'endormir, j'ai pratiqué le rêve éveillé. Pendant des mois, j'ai alimenté cette histoire — construisant leur sortie, la découverte des ruines, la nouvelle agriculture, les contacts avec les autres communautés survivantes.

Et puis je me suis lassée. Moi, écrire ? Comment ? Quand ? Le temps a passé et j'ai développé d'autres rêves.

Un été, j'étais dans ma belle-famille. Je parlais des difficultés de ma profession et des limitations possibles de son exercice, et j'ai lancé l'idée, comme une boutade, d'écrire un livre. "Un livre professionnel ?" m'ont-ils demandé. J'ai répondu : "Non. Faire des recherches pendant quatre ans pour écrire un livre qui ne serait lu que par cinq cents personnes, certainement pas." J'ai dit : "Un livre de SF."

Quinze jours plus tard, je les ai revus et ils m'ont demandé où j'en étais. Nulle part, bien sûr — je n'avais pas commencé. Je leur ai parlé de mon rêve de bunker. Ils ont trouvé l'idée extraordinaire.

Et le lendemain, j'ai commencé à écrire.

J'avais la trame principale sur trois tomes, correspondant à trois temps de mon rêve éveillé, mais mon imagination prolifique a nourri le projet bien au-delà — la galerie de personnages, les enjeux politiques, les dilemmes moraux. J'en parlerai dans un prochain article.

Voilà comment j'ai transformé mes troubles du sommeil en une force de création.

Dreams have marked my nights for a long time. I'm lucky to have very prolific REM sleep, and my brain treats me to films and series every single night. For years, my nights have been preparing me for the worst: cataclysms, wars, epidemics, survival strategies — so many scenarios to calm my anxieties and fuel my great skill in negative anticipation.

So it all began with a dream: cascading volcanic eruptions, two military bunkers close to each other, a childless woman in her forties, and fifty long years locked underground. All in a single night.

I loved that dream so much that I wanted to continue it. Every evening, to fall asleep, I practised waking dreams. For months, I fed this story — building their emergence, the discovery of ruins, the new agriculture, contact with other surviving communities.

And then I grew weary of it. Me, write? How? When? Time passed and I developed other dreams.

One summer, I was with my in-laws. I was talking about the difficulties of my profession and the possible limitations of its practice, and I threw out the idea, almost as a joke, of writing a book. "A professional book?" they asked. I answered: "No. Spending four years researching to write a book that would only be read by five hundred people — certainly not." I said: "A science fiction book."

Two weeks later, I saw them again and they asked how it was going. Nowhere, of course — I hadn't started. I told them about my bunker dream. They found the idea extraordinary.

And the next day, I started writing.

I had the main storyline across three volumes, matching three phases of my waking dream, but my prolific imagination fed the project far beyond — the gallery of characters, the political stakes, the moral dilemmas. I'll talk about that in a future article.

That's how I transformed my sleep troubles into a creative force.

1 avril 2026
April 1, 2026
L'improvisation théâtrale comme école de la voix narrative
Theatre improvisation as a school for narrative voice
Vingt-cinq ans à inventer des personnages sur scène — comment cela nourrit l'écriture.
Twenty-five years of creating characters on stage — how it feeds the writing.
Improvisation
Improvisation
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Lorsque j'ai commencé l'improvisation théâtrale, c'était le parent pauvre de l'art dramatique. Les patinoires, les maillots de hockey, l'arbitre offraient un décor original à nos créations. Nous ne nous prenions pas au sérieux. Il y avait cependant des règles et des fautes à éviter en match : écouter, ne pas se précipiter, éviter les phrases bateaux, aller à l'essentiel.

Incarner des personnages toutes ces années a forgé quelque chose en moi. J'étais une comédienne corporelle, sensorielle, capable de créer un individu, un animal, un objet avec son identité propre, ses tics verbaux et physiques. C'était ma signature.

Mais avec le temps, je me suis sentie frustrée dans mon imaginaire. L'écriture est devenue le lieu de tous les possibles. J'ai confié à un ami qu'écrire, c'était improviser sans être interrompue dans son histoire.

Je commence chaque chapitre toujours de la même manière. Comme en impro, la première phrase est toujours la meilleure. Puis je déroule les enjeux, les objectifs, la psychologie, le décor. Parfois, l'improvisation me surprend et me fait partir dans une direction que je n'avais pas envisagée. Parfois, je place des petits cailloux sans même m'en rendre compte, que je peux exploiter à l'envi.

En improvisation théâtrale, nous sommes à la fois acteur, metteur en scène, scénariste, chef décorateur, costumier — tout cela au même instant. La maîtrise de cet art, après vingt-cinq ans de pratique, m'a permis de construire mes chapitres comme des scènes, en envisageant tous les éléments et les points de vue, et finalement de les relier par un ou plusieurs fils conducteurs.

C'est une école très formatrice pour l'écriture, alliant l'imaginaire et la construction pour les transformer en une seule histoire.

When I started theatrical improvisation, it was the poor relation of dramatic art. The ice rinks, the hockey jerseys, the referee offered an original backdrop to our creations. We didn't take ourselves seriously. There were, however, rules and fouls to avoid in matches: listen, don't rush, avoid clichéd phrases, get to the essence.

Embodying characters all those years forged something in me. I was a physical, sensory actress, able to create an individual, an animal, an object with its own identity, its verbal and physical quirks. That was my signature.

But over time, I felt frustrated in my imagination. Writing became the place of all possibilities. I confided to a friend that writing was like improvising without being interrupted in your story.

I begin each chapter always the same way. As in improv, the first sentence is always the best. Then I unfold the stakes, the objectives, the psychology, the setting. Sometimes, improvisation surprises me and takes me in a direction I hadn't considered. Sometimes, I lay down little breadcrumbs without even realising it, which I can then exploit at will.

In theatrical improvisation, we are at once actor, director, screenwriter, set designer, costume designer — all at the same moment. Mastering this art, after twenty-five years of practice, allowed me to build my chapters like scenes, considering all the elements and points of view, and ultimately linking them through one or several common threads.

It's a very formative school for writing, combining imagination and construction to transform them into a single story.

1 avril 2026
April 1, 2026
La SF écologique — pourquoi ce genre, pourquoi maintenant
Ecological SF — why this genre, why now
La science-fiction comme miroir de nos urgences — et comme espace de résistance.
Science fiction as a mirror of our urgencies — and as a space for resilience.
SF
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Manger bio. Je suis née et j'ai grandi avec le bio. Dans les années 80, ce n'était pas courant, et moi, je rêvais de pâte à tartiner, de barres chocolatées et de produits ultra-transformés quand mes parents me rappelaient de laver les fruits avant de les manger. Je ne m'inquiétais pas des déchets plastiques — ça va bien disparaître —, mais j'ai vu la nature changer. Je suis devenue mère et mon insouciance s'est transformée en lucidité. Mais que faire ? Je n'avais pas de pouvoir politique, alors j'ai changé ce que je pouvais, sans en faire un chemin de vie absolu.

La science-fiction permet de tester des modèles incompatibles avec la réalité. Dans Hiver Volcanique, la nature fait un reset total et offre la possibilité aux personnages de créer. Je voulais soutenir l'idée que la vie trouve toujours un chemin. La Terre s'est toujours relevée des Grandes Extinctions. Même si dans mon livre elle est un peu aidée à repartir, mes nouveaux hommes s'intègrent à leur nouveau monde, tentent de le préserver et de s'émanciper finalement de la croyance humaine en sa prétendue supériorité. J'aime à penser que nous sommes tous humains et égaux dans nos différences.

Dans Les Hommes en Rouge, c'est la différence, force de chaos et de créativité, qui assure la survie des personnages. Ils sont allés contre la nature ; la mort est inévitable, mais l'incroyable diversité de la vie s'oppose à eux. Je rêve d'une société moins formatée où ceux qui sont en décalage peuvent rester eux-mêmes sans céder au mythe de la normalité.

Mon écriture s'inspire de la transformation de nos sociétés et l'explore, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Sans jugement de ma part et par pure curiosité, j'expérimente toutes sortes de concepts dans mes histoires.

Eating organic. I was born and raised organic. In the 1980s, it wasn't common, and I dreamed of chocolate spreads, candy bars, and ultra-processed foods while my parents reminded me to wash fruit before eating it. I didn't worry about plastic waste — it'll disappear eventually — but I watched nature change. I became a mother and my carefree attitude transformed into lucidity. But what could I do? I had no political power, so I changed what I could, without making it an absolute way of life.

Science fiction allows you to test models incompatible with reality. In Volcanic Winter, nature hits a total reset and gives the characters the possibility to create. I wanted to support the idea that life always finds a way. The Earth has always recovered from Great Extinctions. Even if in my book it gets a little help restarting, my new humans integrate into their new world, try to preserve it, and ultimately emancipate themselves from humanity's belief in its supposed superiority. I like to think that we are all human and equal in our differences.

In The Men in Red, it is difference — a force of chaos and creativity — that ensures the characters' survival. They went against nature; death is inevitable, but the incredible diversity of life stands against them. I dream of a less standardised society where those who are out of step can remain themselves without yielding to the myth of normality.

My writing draws on and explores the transformation of our societies, whether good or bad. Without judgement on my part and out of pure curiosity, I experiment with all sorts of concepts in my stories.

1 avril 2026
April 1, 2026
Lavoisier et la trilogie — rien ne se perd, rien ne se crée
Lavoisier and the trilogy — nothing is lost, nothing is created
Le principe de conservation comme fil conducteur narratif et philosophique.
The principle of conservation as a narrative and philosophical thread.
Science & Fiction
Science & Fiction
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« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Cette citation de Lavoisier m'a marquée en cours de chimie. J'ai fait des études scientifiques et j'ai adoré l'embryologie, le développement du cerveau. Nous naissons avec des milliards de neurones qui disparaissent pour donner des liaisons neuronales stables dans nos premières années de vie, et cette plasticité persiste à l'âge adulte. Chaque jour, nous créons de nouvelles connexions, nous en renforçons certaines et d'autres disparaissent. C'est la vie : tout est mouvement, en opposition à l'immobilisme qui caractérise la mort. Toute ma vie, je me suis adaptée. En travaillant avec des enfants, j'ai développé une expertise en adaptabilité.

Dans Hiver Volcanique, je joue avec les nerfs des personnages, je les pousse à s'adapter et j'oppose les partisans du changement, même s'il fait peur, aux partisans conservateurs, qui n'ont pas toujours tort. Et j'explore le concept de transformation : ce que l'on crée, ce que l'on perd, ce que l'on transforme.

À l'inverse, dans Les Hommes en Rouge, la transformation n'est pas maîtrisée, elle dévie. La créature échappe à son maître et résonne avec une actualité géopolitique brûlante. En sciences, pour réussir et reproduire une expérience, il est nécessaire de contrôler l'environnement. Certaines grandes découvertes comme les antibiotiques sont nées d'une erreur, comme les micro-ondes, mais Tchernobyl nous a montré que l'inverse était aussi vrai.

L'écriture, ce sont d'abord des images, des voix dans ma tête. Je les mets en mots pour former une histoire, et ainsi mon imaginaire se transforme en réalité tangible : un livre.

"Nothing is lost, nothing is created, everything is transformed." This quote from Lavoisier struck me during chemistry class. I studied science and loved embryology, the development of the brain. We are born with billions of neurons that disappear to form stable neural connections in our first years of life, and this plasticity persists into adulthood. Every day, we create new connections, strengthen some, and others disappear. That is life: everything is movement, in opposition to the stillness that characterises death. All my life, I have adapted. Working with children, I developed an expertise in adaptability.

In Volcanic Winter, I play with the characters' nerves, pushing them to adapt, and I pit the advocates of change — even when it is frightening — against the conservatives, who are not always wrong. And I explore the concept of transformation: what we create, what we lose, what we transform.

Conversely, in The Men in Red, transformation is uncontrolled — it deviates. The creature escapes its master and resonates with a burning geopolitical reality. In science, to succeed and reproduce an experiment, you must control the environment. Some great discoveries like antibiotics were born from mistakes, like microwaves, but Chernobyl showed us that the reverse was also true.

Writing is first images, voices in my head. I put them into words to form a story, and so my imagination transforms into tangible reality: a book.

À venir
Coming soon
Les fourmis — la science derrière la fiction
The ants — the science behind the fiction
Quand les insectes sociaux éclairent l'organisation humaine sous terre.
When social insects illuminate human organisation underground.
Science & Fiction
Science & Fiction
À venir
Coming soon
Lectures qui ont nourri Hiver Volcanique
Readings that nourished Volcanic Winter
Le Guin, Atwood, Mandel — les voix qui ont ouvert le chemin.
Le Guin, Atwood, Mandel — the voices that paved the way.
Lectures
Readings
1 avril 2026
April 1, 2026
La Haute-Savoie comme territoire narratif
Haute-Savoie as narrative territory
Les Alpes, la montagne, le territoire — quand le lieu devient personnage.
The Alps, the mountains, the land — when place becomes character.
Territoire
Territory
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La montagne a toujours été synonyme de vacances pour moi, jusqu'à ce que je décide d'y vivre. Mais pas n'importe quelle montagne ! Pratiquant le parapente, je volais régulièrement au-dessus des sommets de la Haute-Savoie. C'était autant un terrain de jeu qu'un émerveillement constant. Le bleu du lac d'Annecy est incomparable ! Bien que sous l'eau, ce soit le beige qui domine. J'ai appris à voler près de Belley, et j'aime ces paysages : ce sont les premiers que j'ai découverts en vol. Retourner là-bas dans Hiver Volcanique est un brin nostalgique, je l'avoue, mais je souhaitais rendre hommage à cette région.

Je connais la montagne, ses changements de temps brusques. Je sais lire les nuages et les reliefs. C'était tout naturel pour moi d'écrire sur ce que je connaissais. Dans le tome 2 et le tome 3, je me suis autorisée à explorer d'autres paysages, d'autres contraintes environnementales. Le choix d'un voyage fluvial — alors que je n'y connaissais absolument rien — était osé, mais une source de découvertes incroyables durant mes recherches. Un voyage jusqu'au village natal de mes grands-parents maternels, près du Lorrain Bleu. La Suisse et ses montagnes, son air paisible et propre, offre un magnifique cadre au troisième tome.

J'écrirai peut-être un jour sur la Bretagne ou l'île d'Oléron. J'aime inscrire mes récits dans notre géographie, et même si la SF permet de la transformer, je m'inspire du réel.

Mountains always meant holidays to me, until I decided to live there. But not just any mountain! As a paraglider, I regularly flew over the peaks of Haute-Savoie. It was as much a playground as a constant source of wonder. The blue of Lake Annecy is incomparable! Even though underwater, it's beige that dominates. I learned to fly near Belley, and I love those landscapes: they were the first I discovered from the air. Returning there in Volcanic Winter is a touch nostalgic, I admit, but I wanted to pay tribute to this region.

I know the mountains, their sudden weather changes. I can read clouds and ridgelines. It was only natural for me to write about what I knew. In volumes 2 and 3, I allowed myself to explore other landscapes, other environmental constraints. The choice of a river journey — when I knew absolutely nothing about it — was daring, but an incredible source of discoveries during my research. A voyage to the native village of my maternal grandparents, near the Blue Lorraine. Switzerland and its mountains, its peaceful, clean air, offers a magnificent setting for the third volume.

Perhaps one day I'll write about Brittany or the Île d'Oléron. I love anchoring my stories in our geography, and even if science fiction allows me to transform it, I draw from the real.

Nouvelles

Short Stories

Avant la trilogie, des éclats de fiction. Deux nouvelles publiées sur Wattpad — deux façons d'explorer les frontières entre conformité et liberté, entre technologie et humanité.

Before the trilogy, sparks of fiction. Two short stories published on Wattpad — two ways of exploring the boundaries between conformity and freedom, between technology and humanity.

SF dystopique

La petite fille qui bougeait trop

The Little Girl Who Moved Too Much

~3 500 mots · Nouvelle complète
~3,500 words · Complete short story

Mélodie a huit ans et trop d'énergie pour un monde qui n'en veut plus. Dans une société rétro-années 50 où la conformité est reine, on lui implante une puce cérébrale. Mais son imagination résiste — dans un refuge secret qu'elle appelle la Terre de Demain.

Mélodie is eight years old with too much energy for a world that wants none. In a retro-1950s society where conformity reigns, she is given a brain implant. But her imagination resists — in a secret refuge she calls the Land of Tomorrow.

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Tiens-toi droite !
C'est quoi droite ?
Reste assise sur cette chaise !
Vos chaises, elles sont nulles ! J'ai les jambes qui pendent et après j'ai des fourmis dans les pieds !
Arrête de toucher à tout !
Mais comment voulez-vous que je comprenne un objet, uniquement avec les yeux ? J'ai besoin de le toucher, de le sentir, de le bouger, d'entendre son bruit ! Comment puis-je être sûre que c'est bien une pomme, juste avec mes yeux ?
Reste en place !
Mais comment je peux apprendre des choses, juste en restant assise ?
Moi, je veux courir, marcher sur les troncs d'arbres, sentir les herbes me piquer les mollets.
Je veux dévorer le monde !

La salle de classe. Comme si je ne perdais pas assez de temps, ici. Il faut encore que mère me traîne, là, un samedi matin. Il fait beau dehors... Le vent agite doucement les jeunes feuilles. C'est le printemps.

Madame Quentral. Cheveux courts, la cinquantaine, les yeux bleus — mais pas tendres, croyez-moi ! — les lèvres fines à force de les pincer. Tout sourire avec maman. Une véritable sorcière avec moi. Elle prend un malin plaisir à m'envoyer en punition chez la seule maîtresse qui m'ait jamais comprise : madame Texeira. Des boucles brunes, une voix douce et mélodieuse et des lèvres pulpeuses. Lorsque Quentral m'emmène chez elle, suspendue à son bras par le col claudine de ma robe, je vois bien la tristesse dans ses yeux. Elle fronce les sourcils, pour la forme et me dit de m'assoir dans un coin. Avec un livre.

Tu parles d'une punition ! Morte de rire.

Je lis trois cents mots à la minute. Je les ai déjà tous lus, les livres de la classe de madame Texeira, mais je préfère ça, au pilori.

Oh non, rassurez-vous. Ce n'est pas un véritable pilori. C'est une chaise en bois, trop haute avec des sangles aux chevilles et aux poignets.

C'est la punition suprême. Dans le bureau du directeur Huard. Un grand monsieur. Une armoire à glace. Certainement rugbyman dans une autre vie.

Le plus difficile — en dehors du fait que je sois sanglée, c'est le silence.

Son bureau est minuscule. Situé au Nord. Une toute petite fenêtre aussi étroite qu'une meurtrière. Terriblement insonorisé. Le pilori est dans un coin, derrière la porte. Les couloirs, habituellement bruyants, sont étrangement déserts dans ce secteur.

Le seul bruit : son stylo plume sur le papier. Et il écrit des kilomètres !

Parfois, je m'endormirais presque. Il cesse d'écrire et l'absence du frottement de la plume sur le papier me réveille. Puis, il reprend.

Dans ces moments-là, je m'échappe.

Mon monde imaginaire. Je vous présente : La Terre de Demain. De vastes étendues vertes d'herbe, caressées par la brise. De petites collines, presque des collinettes. De grands érables pour faire la sieste et grimper. Une petite chaumière d'où fume une cheminée. Un agréable parfum de poulet rôti s'évade de la fenêtre sans carreau. Ici, vit la fée Mélodie et ses fidèles amis : le scarabée Camille, la lapine Emeline et le chat Albertin.

Bien sûr, il y a une méchante sorcière — il y a toujours une méchante sorcière, l'épouvantable Cantala. Deux mètres sans son chapeau. Un nez crochu qui a fini par rejoindre sa lèvre — je me demande comment elle respire. Un énorme poireau sur sa pommette droite dont dépassent trois poils noirs, durs et épais. Résister à les lui arracher est une torture. Aidée par le Hibou Houhouard, elle imagine des plans diaboliques pour s'emparer de la baguette magique de Mélodie. Et...

Classe.

— Mélodie, restez concentrée.
— Oui, mère.
— Corrigez votre posture.
— Oui, mère.

— Comprenez-moi bien, madame Ratin. Votre fille n'est pas désagréable. Elle est dérangeante.

Mère s'agite sur sa chaise. Je vais avoir le droit au cachot en rentrant.

— Je vous assure qu'elle sera sévèrement punie.

— Je n'en doute pas. Une bonne correction ne peut que l'aider. Cependant... Comprenez bien la situation, madame Ratin. C'est déjà notre troisième rendez-vous, aujourd'hui. En un mois.

Oui, et j'aimerais bien faire autre chose de mes samedis.

— Votre fille perturbe la classe. Pire, elle instille des sentiments de dissidence chez les autres élèves. Le directeur, monsieur Huard, est d'accord sur ce fait. Nous n'allons pas pouvoir garder Mélodie dans notre établissement.

Oulala... au moins trois jours de cachot. Moi, qui rêvais d'aller dans les bois, cet après-midi.

— Mais enfin, madame Quentral. Notre famille est respectable. Elle contribue grandement au fonctionnement de cette école. Depuis plusieurs générations.

Ça parle gros sous.

— Il doit bien y avoir un moyen d'aider ma fille à rentrer dans le rang ?

Quentral caresse son poil de barbe. J'ai une envie irrépressible de l'arracher et je vous jure, je me contiens.

— J'ai peut-être le nom d'un spécialiste qui accepterait de vous recevoir.

Elle griffonne sur un bout de papier.

— Voilà. Dites-lui bien que vous venez de notre part.

Mère semble rassurée.

— Je n'y manquerai pas. Merci, madame Quentral.

Mère se lève.

— Une minute, madame Ratin.

Mère se rassoit.

— Je vous préviens, c'est la dernière chance que nous offrons à votre fille. Après nous serons dans l'obligation d'alerter le ministère de la santé et des codes sociaux. Si Mélodie ne change pas radicalement de comportement, elle n'aura pas sa place dans notre société.

Elle marque une nouvelle pause.

— Sa place sera dans un établissement spécialisé.

Mère déglutit bruyamment. La déchéance pour la famille Ratin... et leur fille ratée.

— Je vous souhaite un bon weekend.
— À vous aussi, madame Quentral.

Mère se lève et me tend sa main. C'est le signal du départ.

Nous marchons dans le hall d'entrée, sur le rythme du clic clic de ses talons. Albert, notre chauffeur, nous attend devant notre Renault 1950 4CV Grand Luxe noire. Le chrome est rutilant, pas un grain de poussière sur les portières. Il la nettoie amoureusement, tous les samedis.

Il ouvre la portière et me tend la main pour m'aider à monter la marche. Je me cale, bien droite dans mon siège et réajuste mon bibi. Mère baisse sa voilette. Mauvais signe. Le weekend au cachot. Au moins.

Monde imaginaire. Emeline, la lapine, entre terrorisée dans la chaumière.

— Fée Mélodie ! La sorcière Cantala a recruté un nouveau méchant ! Un sanglier, une brute épaisse du nom de Jesperpas.
— Oh non ! Il doit être du clan des blousesblanchessanssthétoscope. Voyons ce que dit mon livre de magie.

La fée Mélodie ouvre son grimoire. Elle pose sa main droite dessus et demande :

— Magicienne Ava ? Peux-tu me donner des informations sur le clan des blousesblanchessanssthétoscope ?
— Bien sûr, fée Mélodie. Le clan des blousesblanchessanssthétoscope est connu pour poser beaucoup de questions et obliger les enfants de la Terre de Demain à faire des « jeux ». Ils en profitent pour extirper l'intelligence et la curiosité des enfants.
— Leur curiosité ? Quelle horreur !

La fée Mélodie doit agir.

— Comment peut-on les combattre, magicienne Ava.
— Je réfléchis. Cela peut prendre plusieurs minutes.

Le docteur Jasper. Son cabinet est ridiculement grand. Il a accroché des portraits d'un très mauvais goût sur deux murs et laissé les autres en vert hôpital. Les hommes à demi-vêtus de peignoirs rouge sang ont le visage déformé par la douleur. Drôlement effrayant pour une enfant.

— Ils sont intéressants, n'est-ce pas ?

Ce n'est pas le mot que j'aurais choisi.

— Bien. Mélodie ? Es-tu prête ?

Ce n'est pas le mot que j'aurais choisi.

— Aujourd'hui, c'est notre troisième rendez-vous.

Il passe sa main sur sa blouse blanche qui, même en grande taille, a bien du mal à couvrir sa panse. Il a laissé pousser des favoris sur ses joues. Ridicule. Et il n'aura bientôt plus besoin de cligner ses paupières, tellement ses sourcils sont longs.

— La semaine dernière, nous avons testé ton intelligence. Tu as remarquablement répondu à mes questions.

Ce n'était quand même pas bien difficile. À huit ans, j'avais déjà lu toute la bibliothèque du cachot.

— Durant cette session, je vais te présenter des images. J'aimerais que tu me dises ce qu'elles t'évoquent. Tu comprends ce mot ?

Je le fixe sans rien dire.

— Bien. Commençons.

Je vais enfin voir ce qu'il y a sur le tas de plaquettes empilées sur son bureau. Il retourne la première et me la présente, bien droite. Exactement comme s'il avait mesuré un angle droit parfait.

— Des taches noires. Faites à l'encre de chine et diluées avec de l'eau.
— Bien. Passons à la suivante.

Il repose la première à sa droite et me présente... C'est presque la même image avec quelques volutes de différence. Il y a un piège ?

— Des taches noires. Faites à l'encre de chine et diluées avec de l'eau.
— Bien. Passons à la suivante.

Monde imaginaire. Le chat Albertin lèche ses pattes. Sa petite langue râpeuse enlève avec brio la moindre saleté. Il est très propre et tient à le rester. Il est grand pour son âge et aime se prélasser au soleil, ses moustaches argentées reflétant la lumière.

— Je te trouve bien silencieuse, fée Mélodie.
— Je suis inquiète. Jesperpas est plus malin que je ne l'imaginais et la magicienne Ava réfléchit encore. Le temps passe et il continue de torturer des enfants avec ses « jeux ».
— Je suis certain que tu vas trouver une solution. Veux-tu que je t'apporte un chou à la crème ?
— Oh oui ! Et un nouveau livre à la librairie. Je les ai tous lus, ici.

L'exposition. Mère m'a félicitée. Apparemment, je me suis bien comportée pendant les tests. Pour me récompenser, elle m'emmène voir une exposition de vases chinois. C'est plus une récompense pour elle que pour moi, mais j'ai de moins en moins l'occasion de sortir du cachot. Alors, je vais m'en contenter. En plus, ma bonne Aline nous accompagne.

Albert nous a déposées devant le parvis du musée, puis est allé se garer plus loin. Suffisamment près pour nous voir sortir et venir nous récupérer juste devant.

Il y a du monde dans les rues. Les dames portent des manteaux en zibeline et les hommes de beaux chapeaux Fedora. Ils marchent tous au même rythme et en silence.

On n'entend que le bruit de leurs talons sur les pavés. Très peu d'enfants.

En montant les marches, je me retiens de les sauter. Je contrôle mes mollets, autant que je peux, me contractant de partout. C'est tellement tentant de courir dans ces escaliers. Je sens mon corps commencer à sautiller. La main de mère se pose sur mon épaule. Premier avertissement.

Je calme ma respiration et parviens à suivre son rythme, comme un métronome.

Les grandes portes métalliques s'ouvrent sur notre passage. La lumière pénètre par les vitraux du hall et dessine des zébrures sur les murs.

Clic, clic, clic. Font les talons.

Mère me laisse assise sur un banc, sous la surveillance d'Aline. Un guichetier s'empresse de lui vendre deux billets. Je réajuste mes gants et mon bibi. Mes souliers vernis brillent, mais je vérifie que je ne les ai pas déjà rayés.

Nous commençons la visite par la Grande Salle. Un dôme de verre offre un éclairage naturel aux vases de la dynastie Ming. Présentée sur une colonne blanche, la porcelaine scintille, révélant la finesse de ces œuvres.

Ils sont plutôt jolis finalement. Je me laisse happer par leur fragilité et leurs histoires. Des empereurs parés d'or, aux chapeaux pointus et à la barbiche en pointe. De belles concubines — et oui, il n'y avait pas que des livres pour enfant au cachot — vêtues de soie. Leur chignon impeccable, fixé par une baguette en ivoire. Leur peau blanche couverte de poudre...

— Tu ne peux pas faire attention ! Qui a emmené cette enfant ?

Une dame, à la tenue noire comme le désespoir, m'est rentrée dedans, manquant de faire tomber un vase précieux par la même occasion. Mère se précipite vers moi — aussi vite que lui permet sa jupe cigarette.

— Présentez vos excuses. Immédiatement, Mélodie !
— Mais Mère, c'est cette Dame qui...

Aline me fait non, de la tête. Les deux autres deviennent rouge de colère. J'ai osé répondre à une adulte.

— Lorsqu'on ne sait pas tenir ses enfants, madame, on les tient en laisse. Mélodie, dites-vous ? Un bien étrange prénom pour une petite impertinente. Vous avez de la chance que je ne porte pas plainte.

Elle effectue un demi-tour parfait sur son talon gauche et quitte l'exposition. Nous, aussi.

Monde imaginaire. Il pleut. Il fait gris et sombre. C'est l'hiver. La fée Mélodie, appuyée sur le montant de la fenêtre, regarde les gouttes dégoulinant de la gouttière. La sorcière Cantala a jeté un sort à la Terre de Demain. Le brouillard s'est levé et recouvre la plaine.

Camille se pose devant la chaumière, égoutte ses ailes, pose son parapluie et entre discrètement. Il est toujours comme ça, Camille. Silencieux. Aux reflets arc-en-ciel. Par la lucarne du cachot.

— Tu as l'air bien triste, fée Mélodie.
— Je n'apprends plus rien. Plus de livres. Juste du bois. J'ai beau chercher quelque chose d'intéressant, ici. Je m'ennuie. J'ai fait le tour de la chaumière, Camille.

Il saute sur le montant de la fenêtre et se frotte contre son bras.

— Demande à Emeline de venir jouer avec toi ?
— La méchante Reine marâtre l'empêche de venir jusqu'ici. Elle est coincée aux cuisines du château.
— Je suis là, moi. Peux-tu me raconter une histoire ?

La fée Mélodie sourit et commence par :

— Il était une fois...

Le docteur Jasper. Il n'a pas changé depuis la dernière fois que je l'ai vu. Peut-être juste une nouvelle pointe d'ail dans le parfum âcre de sa transpiration. Mère jette un coup d'œil vers moi pour s'assurer que je croise mes chevilles comme il faut. Mon manteau de laine me gratte, mais je fais avec.

— Bien. Madame Ratin. Votre fille, Mélodie, présente une intelligence tout à fait normale pour une enfant.

Oh, le gros mensonge.

— Cependant, elle souffre d'un trouble déficitaire de l'attention avec impulsivité et hyperactivité.
— Ma fille est déficiente ? demande Mère dans un hoquet qu'elle tente de camoufler avec sa main.

Le docteur la regarde fixement.

— Non. Je viens de vous dire qu'elle avait une intelligence dans la norme. Non. Son trouble fait qu'elle ne peut tout simplement pas se contrôler.
— Oh mon Dieu ! Vous pensez que c'est génétique ? Mon mari a toujours refusé de me parler de sa sœur...
— C'est possible...
— Oh, mon Dieu. Heureusement que je n'ai que des fils, en dehors de Mélodie.

— Madame Ratin, il existe des solutions.

Elle soupire de soulagement.

— C'est vrai ?

Il croise ses mains sur le bureau. Plus de plaquettes à l'encre de Chine.

— Je peux vous proposer deux alternatives. La première est médicamenteuse. Bien sûr, il s'agira d'un traitement à vie et si elle l'oublie, cela altèrera son comportement social. Cela demande une grande rigueur.

Mère se tourne d'un bloc vers moi, me regarde, puis se retourne vers le Dr Jasper.

— Et l'autre solution ?
— Cette option est chirurgicale.

Il sort un crâne décalotté d'un de ses tiroirs et une petite boîte métallique. Il la dévisse lentement. Lentement. Puis, comme un magicien sortant un lapin de son chapeau, présente à ma mère, un petit rectangle de métal. Pas plus de deux millimètres sur trois.

Enfin, il sort une grande aiguille et commence sa démonstration.

— Cette puce électronique est placée dans cette aiguille. L'enfant est attaché sur la table d'examen. Je pénètre par le coin de l'œil gauche. Je glisse guidé par le globe oculaire jusqu'à la lame criblée de l'ethmoïde. J'exécute un petit mouvement sec pour percer l'os et entrer dans la cavité crânienne. L'aiguille pénètre alors de cinq centimètres dans le lobe préfrontal. Je dépose la puce et le tour est joué.

— C'est très technique, docteur, ne peut s'empêcher de minauder Mère.

Eh ho ! C'est de mon cerveau qu'on parle ! Pas d'une dinde de Noël.

Mère pose sa main gantée sur le bureau du Dr Jasper.

— Et cette puce ? Comment fonctionne-t-elle ?
— Elle... inhibe le cortex préfrontal et empêche toute impulsivité, toute hyperactivité. C'est définitif et très sûr. Je pratique cette technique depuis longtemps.
— Fort bien. Quand pouvez-vous opérer, Mélodie.

Monde imaginaire. Jesperpas m'a piégée. Il a menti sur son message. Une trêve ? Un guet-apens, plutôt. Il me retient prisonnière dans sa crypte, sombre et humide. Il prépare ses instruments pour me torturer.

— Fée Mélodie. Je vous présente le crochet.

Il tend une tige en fer rouillée avec une boucle au bout.

— Vous avez de la chance. C'est le même qui a servi à liquéfier le cerveau du grand Ramsès II.

J'ai la tête bloquée par une sangle et un collier cervical.

— C'est pour ne pas que tu bouges, mon enfant. Une petite anesthésie, peut-être ? Non.

Classe. Aujourd'hui, madame Quentral aborde nos ancêtres, les Gaulois. Je suis littéralement clouée à ma chaise. La gravité. Je la ressens bien, je peux vous le dire. Mon œil gauche pleure les larmes de sang. Mais l'effort pour demander à mon cerveau de prendre un mouchoir pour m'essuyer les yeux est trop grand.

Aline me sert d'assistante. La dentelle blanche devient rouge au contact de ma joue.

Écrire me demande un effort surhumain. Ils ont dû inventer une prothèse métallique pour maintenir mon avant-bras et mon poignet dans la bonne position. Aline déplace la feuille au fur et à mesure que j'écris.

Les récréations se font en fauteuil roulant, maintenant. Je ne suis pas la seule. D'autres sont passés entre les mains expertes du Dr Jasper.

Le calme est revenu dans la classe de madame Quentral.

Monde imaginaire. Le chat Albertin est venu me sauver. Monté sur son dragon noir, il a mis le feu au château de la Reine marâtre. Brûlant vif le maudit Jesperpas dans d'atroces souffrances. Je l'ai regardé se carboniser un long moment.

Il m'a portée et déposée sur un grand lit douillet. Ma tête bien calée sur un oreiller en plume, il m'a caressé la joue de sa patte velue. Depuis, il vient tous les jours me lire des histoires.

Petit à petit, j'ai pu me redresser. J'avais mal, bien sûr, le bourreau m'avait atrocement mutilée. Mais je suis une fée des bois. La nature est mon remède.

Albertin me sort dans le jardin, me fait le tour des rosiers et des rhododendrons. Il me tourne pour admirer les nids des mésanges dans le grand érable rouge. Il me relève la tête lorsque je ne peux pas lever assez les yeux.

La lapine Emeline dépose dans ma bouche, tous les bons mets qu'elle a préparés pour moi et Albertin m'aide à mâcher.

Un jour, j'irai courir dans les champs.

Le Dr Jasper. Il m'observe, fronce les sourcils, me tourne la tête, teste mes réflexes. Puis, il sourit à Mère.

— C'est parfait. Son tonus et son activité motrice sont revenus à la normale. Elle devrait remarcher bientôt. Un comportement inadapté ?
— Non. Rien docteur. Je dois dire que c'est une complète réussite.
— Est-ce qu'elle parle ?
— Plus un mot et c'est très bien comme cela. Elle n'en a pas besoin pour enfanter.
— Oui, c'est certain. Je vous conseille de faire preuve de prudence, dans le choix du mari.
— Bien sûr. Au revoir, docteur, soupire-t-elle en caressant le bureau de sa main gantée.
— Ce fut un plaisir, madame Ratin.

— Albert ? Nous sommes prêtes à partir.

Mon gentil chauffeur me prend dans ses bras et me conduit à la voiture. J'ai juste le temps de lancer un regard de foudre au Dr Jasper.

Monde imaginaire. La Reine marâtre m'a rendue minuscule, de la taille d'un scarabée, et enfermée dans un bocal en verre, sur un piédestal de la salle du trône. Tous les jours, elle vient admirer sa créature, s'extasier sur mes boucles blondes et mon air si sage.

— Tu es parfaite, ma fille. Une véritable poupée en porcelaine. Le Duc va t'adorer.

Mais toutes les nuits, je pousse de toutes mes forces le bocal en verre. Il avance. Millimètre par millimètre. Il se rapproche du bord. Alors je pousse, encore et encore. Cette nuit, j'y étais presque.

Le jour venu, le Duc est venu me rendre visite. J'ai craint qu'il ne replace le bocal au milieu de la colonne. Mais non. Il a tourné autour de moi, comme un rapace autour de sa proie. Il s'est déclaré satisfait et a exigé que le mariage ait lieu demain.

Je devais m'échapper de toute urgence. Cette nuit-là, j'ai poussé, poussé encore et j'ai pleuré lorsque la Lune a commencé à descendre par la fenêtre. Je n'y arriverais pas.

Mais j'ai entendu un battement d'ailes : Camille ! Puis, une lapine a sauté sur la colonne : Emeline ! Tous deux ont poussé, poussé avec moi. Jusqu'à ce que le bocal bascule dans le vide. Une longue chute qui m'a soulevé l'estomac.

Le verre s'est brisé. J'étais libre.

Albertin m'a pris dans sa gueule et s'est faufilé par la fenêtre du trône. Il a couru longtemps, longtemps. À la recherche d'un abri sûr. Je me suis endormie, bercée par son allure féline.

Au réveil, j'ai ouvert les paupières. Une petite fermette, toute proprette. Un bon feu de bois dans la cheminée. Un parfum de ragoût de lapin. Camille est resté à côté de moi. Les pattes avant posées sur ma baguette magique.

— Vous êtes libre, fée Mélodie.

J'ai saisi ma baguette avec la seule main que je pouvais bouger. J'ai prononcé la formule magique et le sarcophage qui enfermait mon corps a disparu.

Je me suis mise à courir dans les vertes vallées, voler au-dessus des arbres.

Je dévore le monde.

SF · Anticipation

Éléonore a deux corps

Éléonore Has Two Bodies

~3 000 mots · Nouvelle complète
~3,000 words · Complete short story

Éléonore est infirmière, mère, épouse — et épuisée. Quand une mystérieuse société lui propose un double synthétique pour réaliser ses rêves pendant qu'elle dort, elle accepte. Mais gagner du temps est illusoire, et son autre corps a ses propres projets.

Éléonore is a nurse, a mother, a wife — and exhausted. When a mysterious company offers her a synthetic double to fulfil her dreams while she sleeps, she accepts. But gaining time is an illusion, and her other body has its own plans.

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